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D’une rime

Thème :

75. D’une rime

Cher passant,

Voilà bien longtemps que je souhaitais écrire à quiconque me comprendrait. Mon propos, assurément, aura de quoi vous surprendre. Qui suis-je, vous demandez-vous sans doute… Eh bien, pour tout vous dire, je suis un être changeant, ou plutôt, car je n’ai rien d’un être humain ni même inhumain d’ailleurs, non, je suis plutôt d’une essence subtile, insatisfaite le plus souvent, spontanée parfois, douloureuse pour l’esprit en quête d’un mot. D’aucuns m’appellent une rime et je dois avouer que pour certains qui désirent me donner forme, me créer, m’écouter davantage que m’écrire, je leur crée bien des difficultés. Certes, il est des gens, qui se disent poètes, à tort ou à raison, et qui ont tôt fait de me donner une existence. Lorsqu’ils évoquent l’amour, ils ne se creusent point la tête bien longtemps et me donnent une image tant simpliste qu’irréfléchie, un reflet, certes plus riche qu’une simple assonance, le commode et commun « toujours ». Hélas, croient-ils que l’amour dure toujours pour associer ces mots en ma rime, à moins qu’en vrais poètes, ils le pensent vraiment érigeant un mausolée pour ce noble sentiment. Quant à ceux, au contraire, qui ne voient en notre monde que la haine ou la guerre, bien vite leur esprit leur propose de faire rimer la peine qu’ils ressentent de cette haine inassouvie. La pauvreté de leur esprit ne songe qu’au mot « misère » pour rimer avec la guerre. Sans disconvenir de la triste symbiose qui fait rimer ces mots,  je trouve ces deux rimes banales à souhait, désolantes et par trop galvaudées. Alors, au risque de paraître précieuse, pédante, je propose au poète contrit que la haine rimât avec une neuvaine, celle pendant laquelle les hommes implorent le pardon pour notre haine ; quant au mot guerre, n’est-ce point en calvaire que ma rime s’imposerait ? Rassurez-vous, je ne suis point une rime toujours triste et j’offre à la poésie sa savoureuse fantaisie. Voilà deux mots, d’ailleurs, qui riment aisément. Quand survient le mammouth au hasard d’un vers, je le vois en moumoute et n’en suis pas peu fière. Si le diplodocus nous arrive à son tour, j’opte pour mordicus  et m’étonne aussitôt d’avoir choisi ce mot pour ce grand herbivore qui au long de sa vie ne mordit personne.

Pourquoi me direz-vous s’amuser à ce jeu ? N’est-ce point puéril, inutile voire stupide ? Non, je ne le pense pas car je laisse une image, je tisse un sentiment, je provoque le rire, la surprise, l’indignation ou la rêverie. Laissez-vous donc tenter par cet assemblage de mots, de concepts, d’idées. Surprenez vos lecteurs et pourquoi pas, vous-même, en laissant vagabonder votre esprit dans le dédale de notre langue.

Amicalement,

Une rime qui pourrait devenir votre amie intime


Apostrophe numéro : 75

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