Métro Post Forum

Du café

178. Du café

Cher passant,

Tous les jours, je suis consommé aux quatre coins de la planète. Dès le matin, j’ai déjà du succès auprès de millions d’adeptes. On me torréfie généralement, et à chaque pause, je ravis les cours avec ma couleur et mon odeur qui s’associent parfois aux fumeurs. A la base, je suis en grains, puis en poudre et maintenant en capsules et même en dosettes. Mon arôme se retrouve aujourd’hui dans les parfums tels que des glaces ou des éclairs.
Je suis présent dans toutes les cuisines à côté des mixeurs. Mais ma vraie place se trouve dans la cafetière. Je suis généralement autour des 1€50 en terrasse. Même au boulot j’y ai ma place.

Le café

Des lettres

134. Des lettres

Bonjour, 

Nous sommes les lettres de l’alphabet, nous dansons et nous nous posons pour former le mot ÉGALITÉ. Quel que soit notre ordre, nous avons toutes notre importance.

Je suis le E, je suis la première lettre dut, quel honneur !

Ne t’en fais pas, je suis juste derrière toi, je suis le G.

J’arrive en troisième position, bien que je sois la première de l’alphabet, je suis le A.

Je suis le L, je me sens bien entre deux voyelles, je les domine de toute ma hauteur.

Je suis le I, je n’ai aucun complexe d’être à côté du L.

Je suis le T, je suis l’avant dernière lettre de ce mot, il en faut bien une.

Je suis le E, j’ai l’honneur de terminer ce si joli mot.

L’égalité

De la cabine téléphonique

 128. De la cabine téléphonique

Cher habitant,

Alors tu me snobes maintenant ? Même pas un petit salut ? Tu passes devant moi sans pousser ma porte ? Tu ne reconnais plus ta vieille cabine téléphonique ? Pourtant, pendant des années j’ai été pour toi le petit théâtre de ta vie là où tu t’isolais, seul en scène derrière mes vitres !..

Ah ! Je pourrais en raconter : les murmures en confidences ; les cris de colère faisant vibrer mon haut parleur ; les très longs échanges ponctués de petits bisous au creux de mon micro… 

Et puis, souviens-toi de ta période ado, j’étais le lieu de ralliement de ta petite bande. Assis sur le bord du trottoir, vous vous chamailliez bruyamment souvent pour des histoires de filles ou de garçons…

Si une brutale averse vous surprenait, vous vous entassiez dans mon espace réduit bien au sec mais aussi bien serrés, bras et jambes entremêlés… 

Vous sembliez apprécier cette promiscuité inconfortable, occasion de contacts tactiles appuyés sans dérobade ni fuite possibles…

Il y a une dizaine d’années, tout s’écroula autour de moi : un vide glaçant s’installa. Tout de suite, je n’ai pas bien réalisé ce qui se passait : plus de clients pour pousser ma porte et des tags obscurcissant toutes mes vitres. Je me suis sentie ignorée, délaissée et ma vie s’arrêta…

Je me suis rendue compte que les petits groupes eux semblaient toujours vivants mais que tous avaient les yeux et les oreilles rivés sur un petit rectangle de plastique plat, ignorant superbement son voisin enfermé lui aussi dans son monde égocentré. 

Ils étaient ensemble mais chacun dans sa tour d’ivoire, leur nin-nin appelé smartphone au creux de la main.

Bon, je ne t’en veux pas, c’est la règle : le progrès à marche forcée pousse au rang d’antiquités tous les outils de la génération précédente. C’est particulièrement évident dans le domaine de la communication. Tiens, même cette lettre va bientôt être considérée comme relique !

Pourtant c’est peut-être l’écrit qui va permettre ma renaissance ! Oui, si tu ne me reconnais pas, c’est que j’ai changé de look, je suis devenue une BOÎTE à LIVRES avec plein de bouquins sur mes rayonnages ! Allez viens, arrête-toi ! Recrée les liens de solidarité et de partage de naguère ! Il y en a pour tous les goûts : j’ai même repéré des BD sur l’étagère du bas derrière la porte!

Viens passer un moment dans mon nouveau petit monde clos, un monde de voyages, d’évasion et de vie foisonnante qui te fera aimer encore plus notre quartier…

A bientôt pour une prochaine visite : nous avons encore beaucoup de choses à nous dire !

Avec toute ma considération,

La cabine téléphonique

De la harpe

121.  De la Harpe

Chers voisins,

Les élus ont baptisé mon lieu-dit « Rond-Point de la Légion d’Honneur » et j’estime qu’à ce titre les honneurs me sont rendus. Ils les ont aussi rendus à ceux qui ont combattu pour La France, ses valeurs, sa culture et ses traditions. Également à tous mes contemporains qui militent pour les préserver.

Je suis très bien située au carrefour du passé et de l’avenir. Et vous m’avez reconnue : je suis la harpe gigantesque qui vous sert de repère. Du haut de ma console je peux tout observer, entendre et dire…. Je murmure au gré du  vent le chant sourd et quelque peu lugubre des partisans, des résistants, des martyrs dont les histoires défilent sur des variations poignantes allant d’Oradour sur Glane à Verdun… Je regarde ce passé et dis « Attention – Danger – Préservez la Paix »

Mais si l’Histoire sert de repère et d’exemple, elle ne doit pas être un frein à l’avenir. J’ai cette chance d’avoir derrière moi le Parc de l’Hermitage. Combien de couples ai-je vu se former, se marier ? Combien de futures mamans  sont venues prendre l’air et se détendre pour enfin pousser le landau ? Que de joies ai-je partagées à leur insu mais combien ont été bénéfiques ces moments de paix tournés vers un avenir qui chante… Avec le Parc, tous ces moments nous ont fortement aidés à faire pousser les fleurs, à voir grandir les arbres, à recevoir oiseaux et hôtes divers au sein de notre espace. Bien sûr il y a aussi des drames, des séparations, des altercations, des « choses » bizarres que la morale réprouve… mais il paraît que ça fait partie de la vie des humains, qu’ils ne savent pas faire autrement que  se mettre en marge du chemin… enfin, pas pour tous, heureusement ! Je regarde l’épanouissement de la vie et dis «Construisez – Bâtissez – Ayez des projets »

Sur ma gauche se trouve le collège Condorcet. Mathématicien célèbre, élève précoce il soutient sa thèse à l’âge de 16 ans et militera pour la généralisation de l’éducation scolaire de tous les jeunes Français. Combien d’enfants me croisent chaque jour, combien j’aimerais leur faire comprendre l’importance des études, de la culture générale… Comme j’aimerais les faire réfléchir sur la nécessité de l’instruction ! Je regarde cet avenir en construction et dis « Ne négligez pas votre demain. Profitez de ces années qui vous sont consacrées. Apprenez, anticipez, donnez-vous les moyens d’un avenir épanoui. Ne devenez pas le frein de votre vie ! »

Enfin, de toutes parts je vois passer voitures, vélos, motos, scooters, défilé incessant de gens pressés, impatients, nerveux mais pas que… Il existe fort heureusement des gens heureux, détendus, attentifs et polis qui rassurent quant à l’avenir alors je dis « Relativisez, vous n’avez aucune certitude absolue sur l’heure qui vient alors battez-vous pour construire et vivre en paix, la tête haute et l’esprit au repos ».

Mélodieusement vôtre,

La Harpe

Du quartier de la Source

80. Du quartier de la Source

Cher habitant,

Je suis la Source sans animation. J’attends des événements culturels et des animations sans succès. Je revis une fois dans l’année à la clairière pour la fête de Jeanne d’Arc. Il n’y a  pas de commerces développés, pas d’animations nocturnes de temps à autres comme un marché de nuit.

Faites-moi vivre pour donner de la vie et la joie de vivre pour mes citoyens. 

Le quartier de la Source

D’une rime

75. D’une rime

Cher passant,

Voilà bien longtemps que je souhaitais écrire à quiconque me comprendrait. Mon propos, assurément, aura de quoi vous surprendre. Qui suis-je, vous demandez-vous sans doute… Eh bien, pour tout vous dire, je suis un être changeant, ou plutôt, car je n’ai rien d’un être humain ni même inhumain d’ailleurs, non, je suis plutôt d’une essence subtile, insatisfaite le plus souvent, spontanée parfois, douloureuse pour l’esprit en quête d’un mot. D’aucuns m’appellent une rime et je dois avouer que pour certains qui désirent me donner forme, me créer, m’écouter davantage que m’écrire, je leur crée bien des difficultés. Certes, il est des gens, qui se disent poètes, à tort ou à raison, et qui ont tôt fait de me donner une existence. Lorsqu’ils évoquent l’amour, ils ne se creusent point la tête bien longtemps et me donnent une image tant simpliste qu’irréfléchie, un reflet, certes plus riche qu’une simple assonance, le commode et commun « toujours ». Hélas, croient-ils que l’amour dure toujours pour associer ces mots en ma rime, à moins qu’en vrais poètes, ils le pensent vraiment érigeant un mausolée pour ce noble sentiment. Quant à ceux, au contraire, qui ne voient en notre monde que la haine ou la guerre, bien vite leur esprit leur propose de faire rimer la peine qu’ils ressentent de cette haine inassouvie. La pauvreté de leur esprit ne songe qu’au mot « misère » pour rimer avec la guerre. Sans disconvenir de la triste symbiose qui fait rimer ces mots,  je trouve ces deux rimes banales à souhait, désolantes et par trop galvaudées. Alors, au risque de paraître précieuse, pédante, je propose au poète contrit que la haine rimât avec une neuvaine, celle pendant laquelle les hommes implorent le pardon pour notre haine ; quant au mot guerre, n’est-ce point en calvaire que ma rime s’imposerait ? Rassurez-vous, je ne suis point une rime toujours triste et j’offre à la poésie sa savoureuse fantaisie. Voilà deux mots, d’ailleurs, qui riment aisément. Quand survient le mammouth au hasard d’un vers, je le vois en moumoute et n’en suis pas peu fière. Si le diplodocus nous arrive à son tour, j’opte pour mordicus  et m’étonne aussitôt d’avoir choisi ce mot pour ce grand herbivore qui au long de sa vie ne mordit personne.

Pourquoi me direz-vous s’amuser à ce jeu ? N’est-ce point puéril, inutile voire stupide ? Non, je ne le pense pas car je laisse une image, je tisse un sentiment, je provoque le rire, la surprise, l’indignation ou la rêverie. Laissez-vous donc tenter par cet assemblage de mots, de concepts, d’idées. Surprenez vos lecteurs et pourquoi pas, vous-même, en laissant vagabonder votre esprit dans le dédale de notre langue.

Amicalement,

Une rime qui pourrait devenir votre amie intime

Du clavier abandonné

 58. Du clavier abandonné

Chère passante,

Tous les matins, je vous regarde passer. Je devine que vous travaillez non loin. Je sais que vous aimez la musique, vous en écoutez en marchant. Hier, vous avez sorti votre téléphone de votre poche pour interrompre un morceau et en relancer un autre.

Vous n’avez pas eu un regard pour moi. Ni par indifférence, ni par mépris. Simplement vous ne m’avez pas vu. 

Mais je garde espoir. Tout à l’heure, ou ce soir ou demain, vous me ramasserez et m’emporterez chez vous. Faites vite, je ne suis pas fait pour vivre dehors…

Le clavier abandonné

D’un saxophone

26. D’un saxophone

Que mes notes résonnent

Pour cultiver la paix

Et interdire les guerres !

Que notre pays s’engage enfin

Pour aider les quartiers,

Et que pour les budgets

Répondent à leurs besoins !

Répartir la richesse

Pour que la misère baisse

Pas de milliards pour les armes !

Mais pour vivre en humains !

Des transports, du travail, des soins !

Un saxophone

 

Du livre (2)

16. Du livre (2)

Cher passant,

Je suis toujours au fond de ton sac, pourquoi tu ne me sors pas pour lire et apprendre ce qui est écrit sur mes pages ?

Le livre

D’un dictionnaire

8. D’un dictionnaire 

A quelqu’un,

Bonjour,

Ravi que tu abandonnes quelques instants ton téléphone, les réseaux sociaux et les tweets… Pour trouver mes pages, t’extasier sur mes mots, partager tes musiques avec tes amis, autour d’un café.

Un dictionnaire

Du livre

1. Du livre

Cher habitant,

J’aimerais que tu me prennes dans tes mains

J’aimerais que tu me regardes dans un coin

J’aimerais que tu réfléchisses à ce que je dis

J’aimerais te rendre belle la vie

Le livre