Métro Post Forum

D’un morceau de carton abandonné

169.  D’un morceau de carton abandonné 

Chers habitants,

Je suis un morceau de carton jeté dans la rue, j’en ai marre que les soi-disant « grands du quartier » mettent du rap à toute heure. C’est agaçant, je ne ferme pas l’œil de la nuit ! Pourquoi faites-vous tant de bruit ? Pourquoi crachez-vous sur les bancs ? Je vous vois faire et ça me dégoûte ! Pourquoi jetez-vous des déchets par terre, il y a une poubelle, servez-vous en !

Le morceau de carton abandonné

Du quartier

158.  Du quartier

Chers habitants,

Dans l’ensemble quartier assez dynamique : animations proposées régulièrement.

Parc bien entretenu même s’il manque un peu de structures pour les enfants.

Manque de solidarité entre voisins, plus manque de politesse parfois.

Police peu présente à mon goût, ce qui laisse les ados faire un peu n’importe quoi.

Le quartier

Du petit livre

135. Du petit livre

Chère lectrice,

Eh ! Madame tu peux m’emprunter ?

Depuis que la libraire m’a rangé tout en haut de l’étagère, plus personne ne veut de moi.

Je l’ai entendue dire que mon style et mon histoire ne lui plaisent pas. Je n’y suis pour rien si l’écrivain n’avait pas de talent.

Alors, madame, lis-moi quand même, tu trouveras peut-être mon histoire intéressante.

Je suis malheureux, je vois tous mes voisins sortir et au bout de quelque temps revenir et moi je reste. Fais-moi faire un petit tour dans ton univers. Tu verras, tu ne le regretteras pas. Comme je suis content, tu as entendu mon appel et je suis heureux d’être descendu de mon étagère.

Merci à toi gentille madame.

Le petit livre

De la cabine téléphonique

 128. De la cabine téléphonique

Cher habitant,

Alors tu me snobes maintenant ? Même pas un petit salut ? Tu passes devant moi sans pousser ma porte ? Tu ne reconnais plus ta vieille cabine téléphonique ? Pourtant, pendant des années j’ai été pour toi le petit théâtre de ta vie là où tu t’isolais, seul en scène derrière mes vitres !..

Ah ! Je pourrais en raconter : les murmures en confidences ; les cris de colère faisant vibrer mon haut parleur ; les très longs échanges ponctués de petits bisous au creux de mon micro… 

Et puis, souviens-toi de ta période ado, j’étais le lieu de ralliement de ta petite bande. Assis sur le bord du trottoir, vous vous chamailliez bruyamment souvent pour des histoires de filles ou de garçons…

Si une brutale averse vous surprenait, vous vous entassiez dans mon espace réduit bien au sec mais aussi bien serrés, bras et jambes entremêlés… 

Vous sembliez apprécier cette promiscuité inconfortable, occasion de contacts tactiles appuyés sans dérobade ni fuite possibles…

Il y a une dizaine d’années, tout s’écroula autour de moi : un vide glaçant s’installa. Tout de suite, je n’ai pas bien réalisé ce qui se passait : plus de clients pour pousser ma porte et des tags obscurcissant toutes mes vitres. Je me suis sentie ignorée, délaissée et ma vie s’arrêta…

Je me suis rendue compte que les petits groupes eux semblaient toujours vivants mais que tous avaient les yeux et les oreilles rivés sur un petit rectangle de plastique plat, ignorant superbement son voisin enfermé lui aussi dans son monde égocentré. 

Ils étaient ensemble mais chacun dans sa tour d’ivoire, leur nin-nin appelé smartphone au creux de la main.

Bon, je ne t’en veux pas, c’est la règle : le progrès à marche forcée pousse au rang d’antiquités tous les outils de la génération précédente. C’est particulièrement évident dans le domaine de la communication. Tiens, même cette lettre va bientôt être considérée comme relique !

Pourtant c’est peut-être l’écrit qui va permettre ma renaissance ! Oui, si tu ne me reconnais pas, c’est que j’ai changé de look, je suis devenue une BOÎTE à LIVRES avec plein de bouquins sur mes rayonnages ! Allez viens, arrête-toi ! Recrée les liens de solidarité et de partage de naguère ! Il y en a pour tous les goûts : j’ai même repéré des BD sur l’étagère du bas derrière la porte!

Viens passer un moment dans mon nouveau petit monde clos, un monde de voyages, d’évasion et de vie foisonnante qui te fera aimer encore plus notre quartier…

A bientôt pour une prochaine visite : nous avons encore beaucoup de choses à nous dire !

Avec toute ma considération,

La cabine téléphonique

De l’université

81. De l’université

Cher habitant,

Comment emmener l’université au cœur du quartier de la Source ?

Comment les acteurs associatifs ou autres peuvent mettre en place des actions qui s’articulent autour des sciences ?

Les enfants des quartiers de la Source rencontrent beaucoup de difficultés d’apprentissage. Comment peut-on détacher certains étudiants sur le quartier pour aider ces enfants ?

L’université

Du crayon à papier

42. Du crayon à papier

Cher habitant,

Quelquefois, je me trouve bien seul, sur le coin de la table. Personne ne fait attention à moi. Les petits-enfants prennent un crayon de couleur, les écoliers écrivent avec leur stylo-bille, les adultes, quand ils veulent écrire une belle lettre, se servent de leur stylo-plume. Quant aux ados, ils ont rangé depuis longtemps tous ces outils. Ils ne servent plus que de leurs doigts pour écrire sur le clavier de leur téléphone. Et pourtant, j’aimais beaucoup qu’on se serve de moi, pour écrire la liste des courses, pour remplir les cases blanches des mots croisés ou pour écrire un mot d’amour. Est-ce qu’un jour on va repenser à moi ?

Le crayon à papier

D’un dictionnaire

8. D’un dictionnaire 

A quelqu’un,

Bonjour,

Ravi que tu abandonnes quelques instants ton téléphone, les réseaux sociaux et les tweets… Pour trouver mes pages, t’extasier sur mes mots, partager tes musiques avec tes amis, autour d’un café.

Un dictionnaire

Du livre

1. Du livre

Cher habitant,

J’aimerais que tu me prennes dans tes mains

J’aimerais que tu me regardes dans un coin

J’aimerais que tu réfléchisses à ce que je dis

J’aimerais te rendre belle la vie

Le livre

Du portail du lycée

38. Du portail du lycée

Cher habitant,

Depuis le temps que l’on m’a installé à cet endroit, j’en ai vu du monde passer entre mes piliers : des tout petits découvrant les bâtiments le jour de leur arrivée dans l’établissement, des anciens, blasés, effectuant leur sept ou huitième rentrée, des timides et des délurés, des gros bras et des maigrelets, des pipelettes et filles de bonne famille très bcbg sur leur 31. J’ai même vu les enfants de mes premiers clients !

Tous étaient censés franchir mon seuil pour aller cueillir la bonne parole mais certains allaient réussir brillamment leurs examens, d’autres moins brillamment et enfin certains allaient quitter le lycée sans rien obtenir. Je suis…

Le portail du lycée du quartier

Du mur

36. Du mur 

Aux « hitistes » (ceux qui tiennent le mur),

Lâchez-moi ! Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas m’écrouler…

Allez à la conquête du Monde qui vous mérite. Même le ciel ne s’écroulera pas sur vous.

Le Mur