Métro Post Forum

D’une feuille d’impôt

194. D’une feuille d’impôt 

Chers habitants,

 

Je suis un bout d’papier,

Que l’on cherche à remplir,

Un papier bleu grisé,

Que tout l’monde voudrait fuir, 

 

Car pour pouvoir me lire,

Il faut me déchiffrer,

Mais pour y parvenir,

Il faudrait être aidé. 

 

Or personne aujourd’hui

N’accepte de se mouiller,

Même ceux qui me créent,

Refusent de m’expliquer. 

 

Alors sans aucune aide,

Je suis rempli d’erreur,

Ne trouvant de remède,

J’attends dans un classeur. 

 

Une feuille d’impôt

Témoignage d’un logement

193. Témoignage d’un logement (aussi dit sur de la musique) 

Chers habitants,

 

Je suis un logement vide

Pour ces semaines d’été,

Mes habitants sont loin,

Ils se changent les idées. 

 

Pendant qu’ils voient la mer,

La campagne, des amis,

Moi je n’ai rien à faire,

Inutile, je m’ennuie. 

 

Mes lits ne servent pas,

Ma cuisine ne vit pas,

Je ne suis que silence

Ce qui n’a aucun sens, 

 

Puisque juste derrière,

Chacune de mes fenêtres

J’aperçois des humains

Qui n’ont rien mais me cherchent. 

 

Et si pour quelques jours,

Je servais de répit,

A au moins une famille

N’ayant aucun abri ? 

 

Le logement

D’une lettre

192. D’une lettre  

Cher habitant,

Je suis une lettre arrivant tous les jours au centre social avec des bonnes et mauvaises nouvelles. Mes destinataires viennent me récupérer avec plus ou moins de régularité. Mon ouverture est source d’angoisse ou de désagréments pour mes destinataires mais parfois de très bonnes nouvelles arrivent, ce qui ravit mes lecteurs ou mes lectrices. 

L’attente d’être ouverte et lue est précieuse mais parfois je reste là des jours voire des semaines, sans être prise et il m’arrive d’être réexpédiée.

Une lettre

De la colombe

167. De la colombe 

Cher passant,

Je survole le quartier de la Source, avant je m’y sentais tellement à mon aise, je survolais sans peur. Plus les années passèrent plus le quartier se dégrada. Je voyais, de là où j’étais, les bagarres entre jeunes, les fermetures des boutiques, le manque de respect des jeunes et les dealers, l’époque des voitures qui brûlaient. Maintenant je n’ai plus envie de survoler le quartier.

La colombe

Du bâtiment

157. Du  bâtiment

Les voisins sont désagréables.

C’est un quartier calme.

On peut voir des voisins avec des armes (couteaux, tasers).

Des voisins qui se battent entre eux. J’ai vu un mari étrangler sa femme.

On voit des jeunes en moto, je suis sûr, sans permis et en voiture qui roulent très vite. Il y a eu des accidents. Il y a eu des enfants qui se sont faits percuter.

Le parc est nul sans arbre. Il serait beau avec plus de jeux pour enfants.

Le lac a l’air sale avec tous les déchets dedans.

Le bâtiment

Du garage

 154. Du garage 

Chers habitants,

J’en ai assez qu’il y ait plein de voitures garées devant moi.

Le locataire ne peut y garer sa voiture à cause de ces voitures.

La police est venue mettre des panneaux d’interdiction devant le portail mais personne n’en tient compte. Ça fait 10 ans que c’est comme ça, on s’y fait. Le locataire aimerait bien qu’un jour ça change, que les mentalités changent, que les gens soient moins égoïstes et qu’ils pensent un peu plus aux autres.

Le garage

Du banc en palette dans une cour d’immeuble

153. Du banc en palette dans une cour d’immeuble

Cher habitant, 

Je suis le banc en palette de la cour commune. Je t’écris car je me sens souvent seul et voulais te dire que j’aimerais que tu me rejoignes plus souvent. En fait je crois que tu penses me déranger si tu venais sans prévenir. Et bien sois rassuré, car c’est tout le contraire. J’aime l’imprévu et les surprises. En fait mon rêve serait que tous les habitants de l’immeuble me rejoignent une fois par mois voire par semaine. Une fête des voisins régulière en somme. Alors, chiche ?

Le banc en palette qui t’aime

P.S.: N’hésite pas à me nettoyer de temps en temps car malheureusement je ne peux moi-même le faire.

Du radiateur

140. Du radiateur

Cher passant,

Je réchauffe les maisons.

On me touche sur le côté.

J’ai des tuyaux.

Je suis collé au mur.

Le radiateur

De l’immeuble

105. De l’immeuble

Cher passant,

Tous les jours je suis là, au lever et au coucher du soleil.

J’observe tout grâce à mes carreaux et surtout quand ils sont bien propres. Je vois lorsqu’il fait beau, les enfants jouer dans le parc sous le regard de leur mère. Je vois le découpage des cultures, chacun son banc, chacun son jeu, quel dommage. 

Je vois des enfants jouer sans surveillance au bord des routes, se battre entre eux comme des chiffonniers, rouler à toute vitesse à  vélo sans regarder ce qui se passe autour, aucune peur, aucun regard envers les autres. J’entends au loin les jeunes échanger des rires. Ils restent constamment au même endroit, aucune passion, aucun désir, aucune ambition.

L’immeuble

De l’escalier

97. De l’escalier

Cher passant,

Chaque jour je vois passer plein de personnes, d’autres jours je m’ennuie. Il y a aussi la dame qui prend bien soin de moi. Mais certains me prennent pour un urinoir public. Quelques fois je sers de cendrier ou de poubelle. 

Mais quand il y a un mariage les gens se sont mis sur leur trente et un, et je vois de belles choses. 

L’escalier

De l’inconnu (la porte ?)

92. De l’inconnu (la porte ?)

Cher passant,

J’ai été construit il y a longtemps. Au début tout allait bien, les personnes entraient et sortaient de moi, on s’occupait de moi. Mais un jour je pris un caillou, puis un autre, on ne s’occupait plus de moi, les gens me claquaient, me laissaient ouvert, me tapaient et fumaient en moi. Sauf qu’un jour on m’a réparé mais ça n’a pas duré car très vite on m’a rejeté des cailloux et continué à fumer en moi. 

L’histoire recommence, je me suis dis que ça ne se terminerai jamais, jusqu’au jour où on m’a renouvelé et depuis je suis toujours entretenu et respecté. Je pense que c’est la couleur rouge et noir qui fait que les gens m’aiment à nouveau.

L’inconnu… La porte ?

De l’encadrement des loyers

61. De l’encadrement des loyers

Étant l’encadrement des loyers afin de permettre le droit au logement, le loyer ne doit pas excéder 20% des revenus…

L’encadrement des loyers

Des 13%

47. Des 13%

Chers locataires,

(Je suis) le nombre de votants aux élections des représentants des locataires aux Résidences de l’Orléanais, principal bailleur de la « Métropole »… Il est vrai que les candidats ne sont, pour la plupart, de première jeunesse… Là aussi, (vous) les locataires, forcément plus jeunes, (n’avez) pas eu le réflexe, ou le courage, de déposer le bulletin de vote dans la boîte aux lettres…

Je suis quelqu’un de désabusé.

Les 13%

D’un logement

 25. D’un logement

Cher habitant de la Métropole,

J’abrite une petite famille qui se gèle chez moi. Ils ont beau pousser les radiateurs, il fait froid et ça leur coûte bonbon. Alors la rénovation thermique des logements, c’est pour bientôt ?

Un logement

De la fenêtre que sûrement jamais tu n’apercevras

2. De la fenêtre que sûrement jamais tu n’apercevras 

Cher passant,

Entre deux mondes, de ma hauteur, je contemple les choses. Je vois la vie qui se déroule, et je vois les gens passer. Celui qui se presse et court après son transport, celui qui s’empresse de prendre son temps, celui qui amorphe mendie pauvrement, celui qui hélas passe par là indifférent, je les ai tous vus. Je les ai tous vus ces gens qui crient, aiment, rêvent et s’amusent en riant, je les ai tous vus, ces gens qui accourent, partent tristes et pleurants, je les ai tous vus.

J’ai aussi tant de fois observé ce Soleil monter, grimper dans l’azur, mais toujours tomber, s’effondrer et péricliter. Et j’ai encore vu la Lune dans les ténèbres faire de même et inlassablement revenir. Je suis de tous les temps, de l’infernal été, de la pluie et du vent au glacial hiver, j’étais là. Le temps passe et tombe tel les Hommes et je serai là.

Ces hommes que j’ai vu construire et se battre, le sang et les bombes dans la pierre. Je me suis parfois même vu mourir, de mes carreaux écorchés dans la rudesse seule qu’offre le temps ; mais demeure de l’autre côté la belle douceur du foyer.

Elle est là, intemporelle et immortelle, et nous nous protégeons l’un l’autre du temps. De ce temps qui change quand nous restons là. Du feu de cheminée, des yeux qui au loin s’élancent, des sourires qui partout se diffusent, des ombres qui lentement caressent, des doux pas sur parquet, des odeurs de tabac et de café, des chants et des rires, de la chaleur des repas, de la quiétude des sommeils…

Je resterai à l’intérieur de ce monde enchanteur mais serai à jamais passager de ce monde désenchanté.

Une fenêtre que sûrement jamais tu n’apercevras